Spotify officialise son entrée en Bourse, mais rien n’est encore joué pour la licorne suédoise

Le leader mondial de streaming musical a déposé sa demande d’introduction en Bourse sur le New York Stock Exchange, comme indiqué dans un document remis au gendarme boursier, le SEC. Elle devrait se faire sous forme de cotisation directe, un pari risqué pour le géant suédois.

Avec près de 159 millions d’utilisateurs (dont 71 millions d’abonnés premium fin 2017), Spotify représente a elle seule près de 42% du marché mondial de streaming. Après de longs mois d’attente et de suspsicions, l’entreprise, fondée en 2008, a enfin décidé d’entrer en Bourse. Le prix et le nombre d’actions n’ont pas encore été communiqués mais, selon l’agence Reuters, cette valorisation pourrait tout de même rapporter près de 19 milliards de dollars. L’entreprise a d’ailleurs décidé de faire son entrée sous forme de cotisation directe, qui permettra aux actionnaires de continuer d’acheter ou de revendre leurs titres. Spotify n’émettra donc pas de nouvelles actions et ne lèvera pas non plus de capitaux mais pourra, grâce à cela, économiser plusieurs millions de dollars de commissions et ne pas être soumise à diverses restrictions.

Un choix tactique pour la plateforme suédoise qui peine à être rentable. Si ses revenus ont augmenté de 40% en 2017, passant de 3,6 milliards à près de 5 milliards de dollars, les pertes ont, elles aussi, fortement augmenté. En 2016, elles étaient de 656 millions. Elles dépassent aujourd’hui le seuil des 300 millions de dollars.

Des utilisateurs moins rentables

45% des utilisateurs de la plateforme paient un abonnement, représentant 90% des revenus de l’entreprise. Les autres clients bénéficient de services gratuits, financés par la publicité. Spotify tente donc, depuis plusieurs années, d’attirer davantage de clients prêts à payer pour accéder à la plateforme. Elle a mis en place différentes formules, pour les familles et les étudiants notamment. Le « Family Plan » permet, pour 14,99 dollars par mois, de donner accès aux services de streaming à six utilisateurs différents. Le « Student Plan », lui, ne permet qu’à un utilisateur de les utiliser mais pour 4,99 dollars par mois, contre 9,99 pour l’abonnement de base.

Si ces forfaits avantageux permettent, en effet, d’attirer de nouveaux utilisateurs, ils ne sont pas la solution aux problèmes de l’entreprise. Sur le document remis au SEC (Security and Exchange Commission), le gendarme boursier américain, l’entreprise explique que chaque utilisateur lui revient en moyenne à 5,24 euros en 2017, contre 6 euros en 2016 et 7,06 euros en 2015. Cette baisse s’explique par ces nouveaux forfaits, moins chers pour les clients, mais beaucoup moins avantageux pour la plateforme. Bonne nouvelle toutefois, l’entreprise suédoise relève que les utilisateurs restent de plus en plus sur la plateforme. Ils écouteraient, en moyenne, 25 heures de musique par mois, soit une augmentation de 16% par rapport à 2016, et de 26% par rapport à 2015.

Une concurrence de plus en plus rude

Toujours dans le document remis au SEC, Spotify admet que les services concurrents, tels que Apple Music et Amazon Music Unlimited, pourraient reprendre la main sur le marché d’ici les prochaines années. En proposant des enceintes et des assistants vocaux directement connectés à leur propre plateforme de streaming, ils pourraient, en effet, récupérer une part des utilisateurs de Spotify.

Aujourd’hui, le service musical d’Apple compte 36 millions d’abonnés payants, soit deux fois moins que la plateforme suédoise. Amazon en compte 16 millions. Spotify se verra donc peut-être dans l’obligation de lancer, à son tour, des objets connectés utilisant ses services musicaux pour garder une croissance stable.

7 commentaires sur “Spotify officialise son entrée en Bourse, mais rien n’est encore joué pour la licorne suédoise”

  1. Premiers résultats trimestriels pour Spotify depuis son entrée en Bourse, qui n’a pas déçu ses investisseurs. Son chiffre d’affaires pour le Q1 2018 est de 1.13 milliards d’euros, soit 26% de plus qu’au Q1 2017. Toutefois, celui-ci a baissé d’un pourcent par rapport au dernier trimestre de 2017.
    Ses pertes ont également progressé, passant de 87 millions au Q4 2017 à 41 en ce début d’année.

  2. Après Spotify, c’est au tour de Tencent Music Entertainment Group de prévoir une entrée en Bourse, pour le Q2 2018, comme l’annonce le Wall Street Journal. Le groupe rassemble les plus grosses plateformes musicales chinoises.
    Selon certains experts, le groupe atteindrait les 25 milliards de dollars de valorisation une fois côté, contre 28 milliards pour Spotify.
    Tencent Music regroupe 700 millions d’utilisateurs, et représente 70% du marché musical chinois.

  3. Cette année, les revenus obtenus par les services de streaming musical ont franchi la barre de 7.4 milliards de dollars, représentant 43% des revenus globaux de l’industrie musicale.

  4. Spotify vient d’annoncer le rachat de Loudr, une plateforme de gestion de licences musicales. Elle permet aux services de musique numériques d’identifier, de suivre et surtout de payer les royalties aux artistes. Pour ce faire, Louer dispose d’une technologie capable d’identifier les morceaux de musique diffusés en streaming, de manière à automatiser le versement de la part devant revenir à l’artiste.

  5. Apple Music ne lâche rien face à son concurrent principal, Spotify. Il a aujourd’hui confirmé avoir atteint les 40 millions d’abonnés, contre 70 millions pour la startup suédoise. Un gain de terrain important qui risque de s’accélérer. A suivre.

  6. Ce mardi 3 avril, la licorne suédoise a officiellement fait ses premiers pas en Bourse. Elle rejoint ainsi d’autres sociétés technologiques, tels que Snap, maison mère de l’application Snapchat, ou Dropbox, entrée en bourse le 24 mars dernier.

    Comme Spotify, elles peine toutes deux à être rentables, malgré leurs millions d’utilisateurs. Si Dropbox a vu son action passée de 21$ le jour de son introduction à 30$ une semaine après, Snap voit elle son parcours plus chahuté : introduite à 24$ il y a près d’un an, elle peinait à passer la barre des 15$ à l’ouverture de la Bourse, ce mardi.

    Cette introduction se fait également sur fond de scandale Facebook/Cambridge Analytica, qui risque de plomber marché. Lundi, la bourse électronique Nasdaq, qui concentre ces géants, perdait 2,74%. Rien n’est encore joué donc pour la plateforme de streaming suédoise qui compte sur une hausse de ses revenus de 20 à 30% en 2018.

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