Banques traditionnelles et FinTech : une entente possible ?

Si les Fintech ont promis de perturber, voire de révolutionner, le secteur bancaire, ces startups font tout de même face à de nombreux challenges. Entre régulations sévères, et manque de confiance du public, les banques mobiles et les applications d’investissement ont encore du pain sur la planche.

L’arrivée des nouvelles technologies a drastiquement changé les mécaniques de fonctionnement des banques, du dépôt de chèques, au prêt, en passant par les paiements et l’épargne.

Dans le monde des FinTech (abréviation de Financial Technologies), il est désormais possible de rivaliser avec les grandes institutions traditionnelles grâce à des produits innovants, et un service sur-mesure.

Banques traditionnelles VS. banques en ligne

Les systèmes informatiques des banques traditionnelles datent, au minimum, des années 1980, et leurs bases n’ont pas réellement changé depuis leur création. Pourquoi ? Car les lois et régulations rendent leur évolution très compliquée, voire impossible.

La dernière modification date certainement de 2008, lorsque, à la suite de la crise des subprimes, les institutions ont décidé d’imposer de nouvelles régulations et d’augmenter les amendes attribuées en cas de violation de celles-ci.

Dans le même temps, la Silicon Valley se développait à grande allure et faisait d’ores et déjà entrer ses innovations révolutionnaires dans le foyer des Américains et du monde entier. Grâce à elles, l’écart entre les services proposés par les banques traditionnelles et les attentes des clients, de plus en plus habitués à la rapidité d’exécution de ces nouvelles technologies, grandissait de plus en plus.

Et c’est là que les FinTech sont intervenues. D’abord en proposant des chatbots (robots conversationnels) à la place des centres d’appel habituels, de nouvelles applications mobiles, rapides et faciles d’utilisation, ou encore des systèmes de sécurité à reconnaissance vocale.

Mais les FinTech n’essaient pas uniquement de régler un problème marketing mais également un problème sociétal bien plus important, et global : l’exclusion financière. En 2016, 2 milliards de personnes dans le monde n’avaient toujours pas accès à un système bancaire. Plus de 500 millions de celles-ci vivent dans des pays en voie de développement.

Depuis, grâce à l’explosion de la FinTech, plus de 700 millions d’entre elles ont pu rejoindre une banque en ligne.

Les banques en ligne sont-elles réellement des banques ?

Comme expliqué à Bloomberg par Michael Mancusi, Christopher Allen et Kevin Toomey, tous trois avocats au cabinet Arnold & Porter : “les innovations servant de levier aux FinTech sont certes récentes, [mais] les challenges légaux que celles-ci amènent sont loin de l’être. En effet, l’histoire des régulations financières rejoint un besoin commun d’apporter un grand nombre de changements et d’évolutions à une structure légale qui n’a jamais été confrontée à la technologie.”

Les banques doivent répondre à de nombreuses et complexes règles, régulations et règlements pour obtenir le sésame ultime : le nom officiel de banque.

De nombreuses “banques” en ligne demandent, elles, des statuts intermédiaires et moins strictes. Ceux-ci évoluent en fonction des régions, des pays et des juridictions, et sont attribués par les institutions financières de ceux-ci. Ils varient tellement que la Banque centrale européenne et la Commission européenne tentent de trouver une entente et des statuts communs applicables dans tous les pays de la zone euro.

En d’autres termes, les startups de la FinTech obtiennent, grâce à leurs statuts moins strictes, le droit d’effectuer certaines des missions d’une banque traditionnelle, tout en réduisant les coûts et en servant plus efficacement leurs clients.

Ce n’est en rien un point mineur des FinTech : leur structure repose en effet sur un, et un seul, aspect financier de leur choix, tel que le micro-paiement, le prêt ou le crowdfunding.

Si les FinTech ne sont donc pas des banques, nous sommes toujours en droit de nous demander ce qu’elles sont. Bien entendu, il n’existe à l’heure actuelle aucune réponse simple et directe.

Dans l’Union Européenne et la zone Euro, la France est, pour le moment, le seul pays à attribuer un statut particulier aux startups de la FinTech. Un business peut alors intégrer la catégorie des “Conseillers en investissement financier” (CIF), des “Intermédiaires en opération de banque et service de paiement” (IOBSP) ou encore celle des “Intermédiaires en financement participatif” (IFP). Celles-ci dépendent avant tout du type de services ou de produits financiers que la startup compte offrir à ses clients.

Aux Etats-Unis, le bureau du Comptroller of Currency a décidé, en 2016, d’offrir des licences bancaires aux entreprises de la FinTech. Il autorise désormais ces startups à exercer trois types d’activités (les dépôts, les chèques et les prêts). La Suisse a suivi l’exemple américain et propose des mesures similaires.

D’autres pays ont, eux, décidé d’appliquer des systèmes de ‘bac à sable”. Il s’agit ici d’autoriser, au cas par cas, certaines startups à offrir leurs produits ou services, sur une base expérimentale. Le tout dans un cocon régulatoire bien plus fin que dans le reste du pays.

Les banques traditionnelles et les Fintech, main dans la main

Nous avons donc, d’un côté, les startups de la FinTech : centrées sur l’expérience client et sur un seul produit financier, mais manquant (encore) de réputation et de confiance de la part du public. De l’autre, leur opposé : les banques traditionnelles. Réputées et reconnues par le public, elles manquent toutefois d’innovations technologiques. Pourquoi ne joindraient-elles pas leur force ? Certaines essaient d’ores et déjà de le faire.

Certaines banques canadiennes, telles que la CIBC ou la Banque Scotia, ont commencé à collaborer avec certaines FinTech dès 2015, telles que Thinking Capital, Borrowell ou encore Kabbage. Santander UK, une autre banque, a, elle, trouvé le moyen de travailler avec les startups Infosys Finacle et Rakbank. De nombreuses autres ont suivi leur exemple.

La banque singapourienne DBS tente elle aussi un rapprochement avec la FinTech. En effet, pour tenter d’approcher et d’intégrer le marché financier et bancaire indien (un des plus importants au monde et pourtant sous-développé), la banque a lancé un appel à l’aide au secteur de la FinTech, cherchant des collaborateurs capables d’atteindre les millions d’Indiens présents dans le pays directement grâce à leur smartphone. DBS n’a pas encore annoncé avoir trouvé son partenaire idéal, et a refusé de commenter.

Une récente régulation britannique offre également un modèle régulatoire propre aux startups et à la FinTech. En 2014, les régulateurs du pays ont stipulé que, désormais, les banques n’auraient plus le droit de refuser un prêt à un client sans le diriger, en retour, vers une autre institution.

Cette initiative, pensée pour booster la compétition entre les institutions tout en accélérant le développement économique des petites entreprises, a permis aux FinTech d’aider les grandes banques, et de se présenter à elles comme prêteurs alternatifs.

Mais à quel point une telle relation d’entente est-elle durable et stable ? Combien de temps vont rester alignés les intérêts des banques et des FinTech ? En Europe, une nouvelle régulation appelée DSP2 la fait d’ores et déjà vaciller.

Depuis janvier dernier, les banques sont en effet dans l’obligation de mettre à disposition les données bancaires de leurs clients, dans le cas où ceux-ci seraient consentants. Certaines plateformes et banques en ligne, telles que SoFort, Adyen, HiPay ou Paypal pourraient alors obtenir les données bancaires de ceux-ci en toute légalité. Dans la pratique, cela permettrait aux clients de ces nouvelles “banques” de transférer de l’argent d’un de leurs comptes à un autre grâce à une seule et même application, et délaisseraient ainsi de plus en plus leurs banques traditionnelles.

En 5 ans seulement, entre 2010 et 2015, le secteur de la FinTech a multiplié ses investissements par 4, dépassant les 20 milliards de dollars à la fin de de cette période. Un secteur en plein boom, comme le montre la startup britannique Revolut. En levant 250 millions de dollars en avril, elle a atteint le statut de licorne en un temps record. Sa valorisation est, elle, passée de 0 à 1.7 milliards en moins de deux ans.

Crédits : CC0 Licence

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