L’arrivée des BATX en Europe : un potentiel chinois sous-estimé

Les BATX, ces « licornes » (startups valorisées à plus d’un milliard de dollars), arrivées tout droit de Chine, ont un pied bien ancré dans le marché occidental. Ces start-ups, qui rattrapent les plus grandes firmes technologiques américaines, partent à la conquête de l’Europe.

Leur montée en puissance n’est pas à sous-estimer : elles sont beaucoup plus implantées sur le vieux continent que l’on pourrait le penser, et ce n’est que le début d’une grande expansion.

BATX est l’acronyme équivalent aux GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple), mais en Chine. Celui-ci inclut donc Baidu, Alibaba, Tencent, et Xiaomi. Quatre compagnies qui ont déjà incubé plus de 1.000 nouvelles entreprises sur la dernière décennie.

Le marché européen est vulnérable. Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo, l’a confirmé lors d’une interview au magazine français La Tribune Hebdo : « En l’absence de marché unique européen numérique, l’Europe est prise en sandwich entre les GAFA et les BATX et ne parvient toujours pas à bâtir ses propres « licornes » ». Pendant ce temps, les grandes firmes chinoises s’insèrent subrepticement dans le marché européen.

BAIDU

Baidu, le moteur de recherche numéro 1 en Chine et 4e site le plus visité au monde derrière Google, YouTube et Facebook, campe sur ses positions et vise plutôt un développement national. Profitant des censures de Google en Chine, la firme peut se permettre d’entrer en concurrence avec le géant américain et de développer des projets similaires : la même “suite google” (les équivalents de Google Map, Google Drive, Google Play, etc.), les voitures autonomes, les enceintes connectées ou encore l’intelligence artificielle. Baidu représente à lui seul 73.4% des parts de marchés des moteurs de recherche en Chine.

ALIBABA

Super géant du e-commerce, Alibaba, avec son site de vente en ligne Tabao, sa plateforme Tmall (concurrent d’Ebay), ou son dispositif de paiement sécurisé Alipay, est surpuissant en Chine, et son processus d’implantation en Europe est déjà bien entamé.

Tout d’abord grâce à Fliggy, une plateforme de voyage pour les Chinois vers l’étranger, qui a noué des relations avec AirFrance, Accor et SNCF. Mais son plus gros projet avec l’Europe se fait principalement par le biais d’Aliexpress, la version occidentale d’Alibaba.com, grand compétiteur d’Amazon, Cdiscount et PriceMinister.

La firme chinoise s’est aussi ouverte au marché occidental du Cloud, avec son premier Data center européen. Alibaba est déjà le 4e acteur mondial dans le domaine, face à Amazon, Google, IBM ou encore Microsoft.

Mais le dirigeant, Jack Ma, ne compte pas s’arrêter là : Il a noué de grandes relations avec Auchan, qui profite pour accroître son influence orientale via sa filiale chinoise. Alibaba touche ainsi une nouvelle clientèle européenne grâce à, en plus du e-commerce, son entrée dans le commerce physique.

TENCENT

Tencent doit son succès à son application de réseau social devenue incontournable en Chine aujourd’hui : WeChat. Totalisant plus d’un milliard d’utilisateurs, l’application a su profiter de l’interdiction de nombreuses autres (Facebook, Messenger, Snapchat, WhatsApp…), pour se rendre indispensable.

La firme tente de se glisser discrètement dans le paysage européen. Une alliance a notamment été convenue avec le suédois Spotify : ils ont tous deux investi stratégiquement 10% dans la société de l’autre.  Tencent en profite pour s’intégrer au marché du streaming musical européen. La société possède également 12% du capital de Snap Inc., (maison mère de Snapchat). Ainsi Tencent veut s’assurer une maîtrise totale du marché.

Et comme aucune opportunité n’est laissée de côté, Tencent s’intéresse aussi au domaine du jeu vidéo. La société a investi dans Fortnite (jeu le plus populaire du moment), League of Legends et Clash of Clans.

XIAOMI

Xiaomi, marque de téléphone en pleine expansion, fait partit du top 5 des fabricants de téléphones avec le plus grand nombre de livraisons au monde. En concurrence avec Apple, sa stratégie de communication se base sur une hyper présence médiatique.

Xiaomi bénéficie ainsi d’une énorme communauté sur les forums et les réseaux sociaux européens. Leur stratégie d’implantation physique est également déjà bien développée : de nombreuses boutiques ont été ouvertes à Barcelone, Madrid, Paris, Londres mais aussi en Europe de l’Est avec la Pologne, la Slovaquie, l’Ukraine et la Biélorussie. Leur marque de fabrique : une très large gamme de produits et des prix cassés, qui font du mal à la concurrence.

En guise d’exemple, Le dernier bracelet connecté a été commercialisé aux alentours de 15€, là où les concurrents le vendent au minimum 150€. Xiaomi est aujourd’hui le deuxième vendeur de « technologie portable » derrière Apple. Ils ont ainsi su s’adapter parfaitement au marché européen en misant sur le rapport qualité-prix.

L’arrivée des BATX sur le vieux continent est bénéfique pour la concurrence qu’elle engendre face à l’hégémonie des GAFA. Mais elle n’est pas une solution pour l’Europe : coincée entre la toute puissance de ces 2 géants, celle-ci prend un retard indéniable qui risque de se creuser dans les décennies à venir.

Crédits photos : CC0 Licence

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