Les données personnelles : une nouvelle source de revenus ?

Les données personnelles utilisées comme moyen de paiement : ce n’est pas là le scénario du prochain épisode de la série Black Mirror, mais bel et bien un système envisageable dans un futur proche.

Un café gratuit en échange de données digitales banales, c’est bien le surprenant marché proposé par l’établissement japonais Shiru et par ses établissements américains. Il suffit de donner quelques coordonnées de base (nom, email, téléphone, adresse, date de naissance), la discipline étudiée à l’université, ses intérêts professionnels, un accord pour recevoir des publicités et le tour est joué : une boisson est offerte. Mais pouvons-nous réellement parler d’une boisson gratuite lorsque l’on doit donner ses données personnelles en échange  de celle-ci ? Pas vraiment.

Une valeur sous-estimée

Nos données sont en fait déjà source d’échanges. Si elles ne nous profitent pas, c’est parce que d’autres les utilisent pour nous. Les moteurs de recherches, les médias et réseaux sociaux revendent tous les jours des tonnes de renseignements aux compagnies qui les réclament.

Ce qui signifie que oui, nos données personnelles ont effectivement une valeur et elle est non négligeable. Les informations d’un consommateur valent peut-être moins d’un dollar à l’unité, mais lorsqu’un site comme Facebook rassemble la totalité des données de millions d’utilisateurs, les prix gonflent vite, et fort. Et ces données permettent aux sociétés qui les rachètent de générer, à leur tour, des sommes astronomiques, grâce notamment à la publicité ciblée.

Si notre existence sur internet a donc une grande valeur pour les entreprises, il est pourtant impossible pour un consommateur de faire du profit en vendant lui-même ses propres données. Surtout en n’ayant pas de réel contrôle sur celles-ci et en n’en étant pas les propriétaires exclusifs.

Données personnelles et blockchain : une nouvelle crypto-monnaie ?

Choisir qui récupère nos données ou encore avoir la possibilité de les vendre sans intermédiaire sont des premiers pas possibles vers le contrôle individuel de nos data. Le système hyper sécurisé de la blockchain est régulièrement évoqué par les partisans du “Web 3.0” comme solution pour lutter contre de trop nombreuses et fréquentes fuites de données personnelles, mais aussi comme argument en faveur de la création d’échanges de données en toute sécurité.

Les “Data market place”, où les les éditeurs et les réseaux sociaux peuvent aujourd’hui  vendre les données de leurs utilisateurs au plus offrant, sont de grandes sources de monétisation pour les revendeurs.  Mais le marché de la Data n’est pas ouvert à tous. Si nous devions monnayer nos données, cela se ferait sous la forme d’échanges contre un produit ou un service. Prenons un exemple concret : un patient diabétique qui utilise une application mobile pour mieux gérer sa maladie. Le malade ajoute des données médicales quotidiennes à l’application. Son taux de glycémie, son rythme cardiaque peut-être, son régime alimentaire également, ainsi que des informations plus basiques comme son âge, sa taille ou encore les dates de ses derniers traitements ou rendez-vous chez le médecin. Grâce à ces données personnelles, l’application est en mesure de calculer et d’aider, au mieux et de manière personnalisée, le patient à mieux gérer son diabète. Ainsi, grâce à ses personal data, le patient vit plus agréablement sa maladie.

Et cet exemple est loin d’être isolé. L’envoi volontaire de données est une pratique crédible et déjà fortement utilisée dans notre société, sans pour autant y porter grande attention.

Une réalité déjà bien ancrée

Sans vraiment le prendre en considération, nous troquons déjà nos données personnelles contre des produits et services et ce, quasi quotidiennement. Un exemple des plus courants : la carte de fidélité. Nous laissons en effet sans aucun remord des commerçants récupérer certaines de nos données personnelles (mails, ville, achats) en échange de promotions.

“Si c’est gratuit, vous êtes le produit”, dit l’adage. Certaines assurances américaines ont également décidé d’offrir des Apple Watch à leurs clients en échange des données de santé qu’enregistre cette montre. Encore une fois, les données permettent l’obtention de réductions.

Pour revenir au cas du café Shiru, celui dit placer l’intérêt du client au premier plan :  les données sont vendues à des entreprises qui sont spécifiquement intéressées par les étudiants. Ceux-ci reçoivent des sondages à remplir, des suggestions d’applications à télécharger, etc. Les étudiants bénéficient ainsi d’opportunités exclusives et personnalisées…et pourquoi pas même d’un potentiel futur emploi ?

Engendrer des données en navigant sur le net semble aujourd’hui inévitable, à l’exception de quelques moteurs de recherche ou de moyens, plus ou moins fastidieux, permettant de rester à l’abri des collectes de données. La question est donc de savoir s’il est préférable de collaborer avec ses grandes firmes en gardant un contrôle sur nos données personnelles et en choisissant celles que nous souhaitons mettre à leur disposition, ou alors de tenter de les fuir, souvent en vain.

Crédits : CC0 Licence

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